SORTIE EN VENDOMOIS
25,26,27 septembre 2009
“Quand je suis vingt ou trente mois
Sans retourner en Vendômois, (...)
Aux rochers je me plains (...)
Aux bois, aux antres, et aux ondes...”
Ainsi chantait Pierre de Ronsard, natif de ce coin du coeur de France que nous avons arpenté au long de ces deux jours bien remplis. Serons-nous assaillis, dans quelque temps, de la .même nostalgie en ravivant nos souvenirs et en regardant nos photographies? En attendant, voici quelques points de repères pour guider le cheminement de nos mémoires.
Nous avons tous apprécié le confort, la décoration originale et la générosité des petits déjeuners de l’hôtel Mercator, notre “camp de base”. Seule, Madeleine a eu à faire face à des récriminations du personnel lors de l’accueil, sans que nous en soyons affectés.
Samedi, pleins d’entrain dans le matin frisquet, nous avons “débarqué” à Sargé-sur-Braye pour nous lancer sur la piste du “grès roussard”, cher à Mr Mignot, son enthousiaste promoteur. Munis d’une fiche d’itinéraire détaillée, nous avons cru revivre les jeux de piste des colonies de vacances oubliées jusqu’à ce que le chef de troupe nous rassemble pour un exposé fouillé et indiscutable. Au passage, nous avons apprécié en connaisseurs quelques bâtisses d’autant plus touchantes qu’elles étaient marquées par le temps.... A la carrière de la Mutte, tous les secrets des origines du grès roussard nous ont été révélés, avec une verve non dénuée d’humour.
Affamés par ces allées et venues, refroidis par un petit vent coupant, nous avons savouré avec reconnaissance l’accueil et le repas du Relais de la Commanderie d’Arville, couronné par une originale terrine de crêpes aux saveurs d’orange.A peine restaurés, nous avons cédé à l’appel des pierres templières érigées à proximité. Ces bâtiments grandioses, en excellent état, attestent de la richesse de l’Ordre, cause de sa perte. A lui seul, le pigeonnier, par ses 2200 boulins révèle l’étendue du domaine: à raison d’un arpent,soit un demi-hectare, par boulin. Il porte à 1100 hectares la superficie des terres exploitées par les moines-soldats. L’église de la Sainte Trinité, quoique hors les murs, affiche une austérité imposante, avec son clocher-mur et ses parois de “grison”, un agglomérat plus grossier et plus sombre que le grès roussard. Mais à l’intérieur, s”arrondit une magnifique voûte en bois, aux fines arabesques peintes, tandis que l’abside offre, mêlé Eglise de la commanderie de aux croix de Malte, le monogramme de Marie: cherchez la femme!
Délaissant le château de St Agil, nous faisons ensuite halte à la Ferme des Haies qui en dépendait autrefois: les constructions à
colombages datées de 1768, font l’objet d’un entretien attentif et respectueux par leurs propriétaires, dans les lieux depuis quatre
générations. Finalement, les chevaux percherons ne sont pas aussi massifs que nous l’escomptions: nous apprendrons que l’image que nous en avions est due à ceux qu’on a engraissés pour la boucherie, lorsqu’ils ont été remplacés par les tracteurs.Tout près, nous nous rendons au manoir d’Alleray, endormi dans ses bois jaunissants. Supplanté par le château de St Agil, devenu ferme, il a néanmoins conservé des ouvertures des XV° et XVI° siècles, encadrées de grès roussard, qui en font un répertoire des styles locaux. Comme les tours de la Commanderie il montre un revêtement de bardeaux qui a su défier le temps.
Abondamment nourri de vieilles pierres, nous sommes prêts à découvrir quelque chose de plus gouleyant: le vin entièrement naturel qu’élève Mr Patrick Colin sur son exploitation de Thoré-la Rochette. Ce passionné, héritier des vignes de son arrière grand-père, nous expose son parcours avant de nous initier aux parfums du Chenin Blanc et du Pineau d’Aunis. Ces anciens cépages doivent faire face à des conditions naturelles rigoureuses: élévation et sécheresse du terrain, vents fréquents, gelées précoces. C’est en jouant avec ces éléments que le vigneron les fait s’exprimer sans tricherie.Les sièges moelleux du car nous acccueillent avec indulgence au retour de cette découverte, pour nous déposer à Vendôme, devant le restaurant “La Braise”. Celle-ci ayant sans doute flambé avec excès, nous boudons quelque peu les côtes de porc noircies qui arrivent dans nos assiettes. Cela ne nous empêchera pas de regagner le Mercator d’un pas alerte, dans l’espoir d’un repos réparateur.
Dimanche matin, déjà rompus aux départs précoces, nous affrontons sur la terrasse du château des comtes de Vendômois, une petite bise tranchante qui ne cessera de nous tranpercer que lorsque le soleil en aura triomphé.Vindocinum, l’ancien nom de Vendôme, élève de 40m au-dessus de la vallée du Loir son coteau de tuffeau, emplacement idéal pour une place forte. Geoffroy Martel, fils du comte d’Anjou Foulques Nera, s’en empare au XI° siècle, et y bâtit une solide forteresse, d’où il domine la contrée, portant défi au roi capétien. Son épouse, Agnès de Bourgogne, et lui,reçoivent alors une vision céleste: trois étoiles tombent sous leurs yeux au bord de la rivière; signe, proclament-ils, qu’il faut construire en ce lieu une abbaye dédiée à la Sainte Trinité. De cette première église romane, subsiste le remarquable vitrail axial, sur lequel la Vierge en majesté apparaît stylisée de façon presque moderne. Mais, face à cet édifice, ce qui impressionne est le foisonnement de la décoration sculptée du porche, chef- d’oeuvre du
gothique flamboyant, achevé en 1508. Chacun aura gardé de cette visite très documentée, les images qui lui parlent le mieux...
Après cette matinée savante au centre de Vendôme nous poursuivons notre périple en direction de Lavardin. Le tuffeau a permis, ici et aux alentours, le creusement de multiples abris troglodytiques. C’est dans l’un d’eux, le “Caveau” que nous allons déguster un gigot à la ficelle, rôti dans la plus pure tradition locale. Au sortir de cette auberge souterraine, nous escaladons les pentes du village en suivant la “Rotte aux biques”, sous la houlette éclairée de Fabienne Audebrand qui rassemble son troupeau aux points de vue les plus intéressants. Cette bourgade conserve des demeures aux façades Renaissance, et une église aux peintures colorées, d’une expressivité touchante.
Malgré les contraintes de l’horaire, nous aurons droit à un bref arrêt à St Jacques- des-Guérets, aux fresques également sauvegardées. Puis c’est la dernière étape de cette journée surprenante: un village au nom aussi inattendu que sa disposition: Trôo. A première vue, une église, un monument aux morts - de Bourdelle, s’il vous plaît! - des maisons plus ou moins espacées: rien que du connu.
Mais sur les conseils de Fabienne et à l’invitation d’un conseiller municipal, nous nous engageons dans les ruelles pentues et les escaliers raides de ce bourg insolite. Et voilà que nous découvrons les multiples caves, désertées ou encore habitées, qui ont fait sa
singularité. Du “puits qui parle” la vérité jaillira-t-elle? Ah! Messieurs, vous en rêviez, mais vous devrez vous contenter d’une bière
au bistrot de Trôo, avant de rejoindre le car et nos sympathiques Deux-Sèvres.